034: Bosnie-Herzégovine – Tu es Mostar d’un soir

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28 décembre.  Alors que nous quittons Split après y avoir passé quelques jours plutôt « tranquilles » en raison du congé des Fêtes, mais aussi parce qu’il n’y a rien à y faire… nous nous dirigeons vers Dubrovnik, plus au sud.

Anomalie géographique et géopolitique ici… pour aller à Dubrovnik, qui est toujours en Croatie, nous devons quitter la Croatie et passer par la Bosnie-Herzégovine.  Hein ?  Eh oui, comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessous, la Croatie est scindée en deux, isolant du même coup la partie australe du pays.

 

La flèche pointe sur l’anomalie géographique

 

Mais comment ça se peut ?  L’histoire remonte au 17e siècle alors que l’Empire vénitien domine une partie de la région suite à la Grande Guerre de Turquie.  Le traité de Karlowitz de 1699 qui proclama la fin de la guerre fit en sorte qu’une grande partie des Balkans (région dans laquelle la Croatie fait partie) fut cédée à l’empire Vénitien.  Afin de se protéger, Dubrovnik (à l’époque une ville-état… un peu comme Monaco aujourd’hui, par exemple) décida de donner une partie de son territoire, au nord, à l’Empire turc.  Ainsi, l’empire turc pouvait conserver un accès à la mer dans la région, occupant toujours le territoire de la Bosnie qui normalement, n’a pas accès à l’eau.  De plus, cela créait une zone tampon entre Dubrovnik et Venise.

Lorsque la Yougoslavie s’est dissoute en 1991, la Bosnie-Herzégovine s’est alors retrouvée avec une bande de quelques kilomètres de terrain le long du littoral de la mer Adriatique.  La situation perdure depuis et cela fait de la Bosnie-Herzégovine, le pays avec le 2e plus petit littoral au monde, seulement derrière Monaco.

La traversée de la Croatie vers… la Croatie nous oblige donc à passer non pas une, ni deux, mais quatre douanes.  Soit la douane croate pour sortir, la douane bosniaque pour entrer… puis la douane bosniaque pour sortir et la douane croate pour rentrer.  Ce n’est pas mêlant, on devra commander un nouveau passeport bientôt tellement ils ont pris de la place avec toutes leurs étampes !!

Alors… puisque nous devions déjà entrer en territoire bosniaque et qu’à Dubrovnik, nous n’aurions pas assez d’activités pour meubler toutes nos journées, nous avions décidé de faire un détour.  Au lieu de conduire linéairement le long de la côte reliant Split à Dubrovnik, nous allions entrer dans les terres et conduire jusqu’à Mostar, en Bosnie, pour y passer la journée, avant de quitter et de conduire vers Dubrovnik pour y arriver en soirée.

Nous passons les douanes pour entrer en Bosnie et tout va bien.  Après quelques mètres, nous voyons un panneau nous indiquant qu’il y a là aussi un péage.  Bon, ça va, on est habitué.  On sort nos… oh shit !  C’est quoi la devise ici en Bosnie-Herzégovine ?  Le Génie en Herbe n’en a aucune idée, le dinar yougoslave n’étant évident plus en circulation depuis longtemps !  Google ne nous donnera pas la réponse à temps, car nous arrivons déjà à la cabine.  Le préposé nous dit que c’est 1,20 KM (Konvertibilna marka=> mark convertible) ou 5 Euros.  « Bon, vous ne prenez pas les kouna croates, hein ? »  Oops… on n’avait pas pensé à celle-là dans notre planning, mettons.  Le préposé nous dit qu’on peut payer par carte de crédit… ahhhhhh…. Soulagement ! On donne donc notre carte qui se fait charger pour 1,20 KM et nous reprenons la route.

Isabelle regarde alors le taux de change et on s’aperçoit qu’un KM ne vaut que 0,50 Euro.  Donc, pour nous « accommoder » … le gars était prêt à nous charger 5 Euros, alors que dans le fond, ça n’aurait dû nous en coûter 10 fois moins !  Bon deal !  Disons que l’on se doute que pour chaque 5 Euros qu’il reçoit, il doit lui-même « faire la conversion » dans sa propre poche, on s’entend !  À la fin de la journée, il ne doit pas y avoir beaucoup d’Euros dans la caisse enregistreuse, mettons !

Nous continuons notre route et remarquons que les routes bosniaques sont spectaculairement moins belles que les routes croates.  C’est sûr qu’en ne chargeant seulement l’équivalent de 0,75 $ CAN dans le poste de péage au lieu de l’équivalent des 10 $ CAN que ceux que la Croatie charge… ça fait une différence dans le budget d’entretien des routes, mettons.

En plus, la route est étroite et très sinueuse.  Des épingles comme au circuit Gilles-Villeneuve, on en a pris pas mal, mettons.

Pour ceux qui sont attentifs, ça fait trois paragraphes de suite qui se terminent par « mettons » !

Là, ça fait quatre ! 🙂

On s’avancera aussi pour dire quand dans la ville de Citluk que nous avons traversée, c’est clair qu’il n’y a pas d’école de conduite.  C’était n’importe quoi… les conducteurs ne respectant pas les indications et, lorsqu’il y en avait, celles-ci ne faisaient aucun sens.  C’était une conduite en zigzag où le plus fort l’emportait.  Mais bon, notre ami de Sixt nous avait bien dit lors de la prise de possession du véhicule à Zagreb « Mon ami, tu peux ramener la voiture complètement détruite, ça ne te coûtera rien ! »  C’est avec cette attitude que nous avons donc traversé Citluk !  Nous en sommes sortis indemnes, la voiture aussi !

Le reste de la route se fait sans trop d’embûches… mais un petit défi logistique se présente.  Francis roulait avec le GPS de son cellulaire et la Bosnie-Herzégovine ne fait pas partie des pays dans lesquels notre forfait ne nous coûte rien.  Nous avons donc très peu de données et là, nous approchions de la fin, déjà.  Nous arrêtons sur le bord de la route pour mettre le GPS de la voiture en fonction et nous reprenons la route.

Arrivés près du centre de Mostar, où se situe le vieux pont, nous trouvons une enseigne « P » où nous stationnons la voiture.  Le surveillant du parking lui, accepte pas mal de devises.  KM bosniaques, Kn croates, Euro… c’est un comptoir de change ambulant.  Nous payons donc en Kn croates et débutons notre exploration de Mostar.

Nous débutons en nous éloignant de l’attrait principal de la ville, le vieux pont, afin d’emprunter le pont en aval de celui-ci, nous donnant un premier point de vue sur le pont.  C’est déjà très beau.  Quelques photos de prises et nous marchons ensuite vers le vieux pont.  Avant d’arriver à celui-ci, nous remarquons un sentier menant au bord de la rivière que le pont traverse.  Nous descendons et avons maintenant un très beau point de vue du pont.  Nous y restons quelques minutes pour admirer le tout avant de remonter et de poursuivre notre marche vers le pont.  On se dirait soudainement en plein cœur d’un village médiéval, tous les édifices sont en grosse pierre grise.  Bon, c’est sûr que le fait que ça soit tous des vendeurs de « cossins » nous fait sortir de l’esprit assez vite qu’on pourrait être à une époque médiévale.

Nous arrivons enfin au vieux pont que nous empruntons.  Nous pouvons bien l’observer et l’apprécier, puisqu’il n’y a que quelques personnes dessus.  Les marches sont longues et peu élevées, mais assez glissantes car elles ont été pas mal polies avec le temps et l’usure des nombreuses personnes qui ont marché dessus.

 

 

Dans un édifice adjacent au vieux pont, se situe un musée contenant une exposition de photo sur la guerre qui a fait rage en Yougoslavie au début des années ’90.  Cette activité était sur notre liste et nous entrons dans le musée.  4 Euros par personne et nous avons le musée à nous seul.  Nous réalisons alors qu’à Mostar, le KM est la devise officielle mais que partout, ils acceptent les Euro, en faisant alors la devise « officieuse ».

Le musée abrite des photographies prises par un jeune photojournaliste qui était à Mostar au tout début de la guerre et qui a vécu celle-ci de l’intérieur.  Des photos assez saisissantes qui sont parfois percutantes.  Très intéressant comme musée, nous permettant de comprendre un peu mieux la souffrance des gens de Mostar durant cette guerre.

 

Il est où le point, il est où… il est où ?

 

En sortant de ce musée, nous demandons à la préposée si elle a un bon restaurant à nous proposer.  « Sadrvan » dit-elle.  Bon bien, « Sadrvan » ça sera !  C’est à peine à 50 mètres de là et nous l’avions remarqué plus tôt ce matin, grâce à l’hôtesse vêtue d’un habit traditionnel.

Nous arrivons et déjà quelques tables sur la terrasse sont occupées.  Il fait super beau et ça ne nous tente pas d’être à l’intérieur.  Nous voyons un compromis, une espèce de véranda vitrée.  Nous y entrons et nous nous faisons tout de suite rappeler qu’en Bosnie aussi, les gens peuvent visiblement fumer à l’intérieur.  Nous optons finalement pour la terrasse.  Notre serveur est super gentil, comme d’ailleurs tous les bosniaques que nous avons croisé jusqu’à présent.  En venant de Split… disons que le contraste est frappant, les « Splitois » étant plutôt bêtes et indifférents envers nous.  Nous lui demandons ce qu’on devrait manger et il nous pointe des plateaux de bouffe traditionnelle bosniaque, qui comprennent un peu de tout.  On est convaincu et on y ajoute du pain, un genre de naan indien, mais un peu plus épais.

Disons que c’est beaucoup de bouffe tout ça !  Nous n’arrivons pas à tout terminer et je crois que c’est le cas de la plupart des clients qui y viennent, à en juger par le nombre assez impressionnant de chats (comme à Trogir) qui se font bronzer sur les tables de l’autre côté de la clôture juste à côté de nous.  Profitent-ils du soleil ou attendent-ils sournoisement que nous ayons le dos tourné pour venir terminer notre assiette ?

 

Plateau de bouffe bosniaque

 

Après diner, nous traversons de nouveau le pont pour nous rendre vers un autre musée, celui de la « Guerre et des victimes du génocide yougoslave ».

En route, nous apercevons un des nombreux minarets de la ville.  La Bosnie est à majorité musulmane et Mostar ne fait pas exception.  La ville est hôte de nombreux minarets.  La particularité avec celui de la mosquée Koski Mehmed Pasha, c’est qu’il donne directement devant la rivière et le vieux pont.  Ils ont compris la valeur que ça pouvait apporter… et chargent 6 Euros par personne pour grimper au sommet du minaret.  Les gars décident d’y aller.  Escalier hyper étroit et en colimaçon… qui ne peut définitivement pas rencontrer.  Nous sommes seuls en haut, sur la paroi qui est, elle aussi, hyper étroite.  Disons qu’on ne peut pas être deux de large.  Le fait qu’il n’y ait personne est parfait cependant, car nous pouvons apprécier la vue sans devoir céder notre place après 30 secondes.  Ayant le soleil devant nous, cela nous permet aussi de prendre plusieurs photos et d’espérer que quelques-unes de celles-ci seront bonnes.  Un autre couple arrive pour nous rejoindre.  La fille ne se sent pas bien et ils redescendent assez vite.  Nous avons aussi terminé et les suivons peu de temps après.  Très bel endroit pour observer le vieux pont et la vieille ville.  Mais je n’ose pas imaginer cet endroit en juillet.

Nous continuons notre route vers le musée.  Encore une fois, nous avons le musée à nous seul.  Endroit très intéressant qui contient des explications, des photos (parfois assez troublantes, dont la section du sous-sol réservée aux fosses communes), des histoires sur certains moments précis de la guerre, des vidéos et certains artéfacts.  Nous avons environ 1h30 pour le visiter et on doit se hâter car nous devons repartir vers Dubrovnik avant qu’il ne fasse trop noir et nous devons retourner le véhicule avant 20h00.  Nous aurions passé un peu plus de temps dans ce musée.  C’est très impressionnant de voir les photos et les vidéos montrant cette ville, et son vieux pont, complètement détruits durant la guerre.  On parle d’il y a à peine 25 ans.  Et aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de vestiges apparents de cette guerre.  C’est fou.

En retournant vers le véhicule, nous arrêtons à une épicerie pour acheter des « snacks » pour la route, de la bière bosniaque et Marc-André trouve une bouteille de vin bosniaque à 1 $ CAN.  Il est curieux et la prend.  Verdict à Dubrovnik…

Marc-André est le chauffeur pour le chemin du retour… la conduite de soir n’étant pas quelque chose rendant Francis très à l’aise.  Premier constat auquel nous arrivons… malgré toutes les explications que nous avons lues et vues… nous sommes unanimes pour dire que le conflit yougoslave est compliqué et que nous ne sommes pas certains de bien comprendre exactement ce qui s’est passé et les protagonistes.

Deuxième constat… le chemin du retour sera un peu plus mouvementé.  Nous pensions que le GPS nous ferait retourner sur le littoral de la mer Adriatique en partance de Mostar mais, au contraire, il nous a fait rouler en Bosnie-Herzégovine presque tout le long.  Non seulement la route est presque uniquement dans les montagnes bosniaques… mais Marc-André adopte une conduite un peu plus « sportive » que Francis.  Le département des plaintes est officiellement ouvert !  hahaha

Bon, vers 18h30, nous arrivons finalement près de Dubrovnik.  Nous passons les deux postes douaniers (sortie de Bosnie-Herzégovine et entrée en Croatie) et nous arrivons à Dubrovnik dix minutes plus tard.

Une chose est certaine, nous avons tous adoré Mostar, définitivement un coup de cœur. Non seulement pour son vieux pont et l’aspect médiéval de la périphérie du vieux pont, mais aussi pour la gentillesse de ses habitants.

Suite à Dubrovnik…

 

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Histoire du mark convertible selon Wikipédia :

Le mark convertible est la monnaie actuelle de la Bosnie-Herzégovine. Il a succédé au dinar yougoslave, peu avant la guerre de 1992. À ses débuts, c’était simplement le Deutsche Mark utilisé localement comme monnaie de facto, puisqu’il s’agissait en fait de la monnaie allemande, mais les autorités des Nations unies qui administraient la Bosnie-Herzégovine, avant que l’Allemagne ne passe à l’euro, ont fait changer son nom et ses billets qui sont devenus Konvertibilna marka (KM) ou mark convertible en français. La valeur du mark convertible est exactement celle du Deutsche Mark par rapport à l’euro.