038: Mini-bus… Mini… Mini-bus

By

À Rīga, nous utilisons trois moyens de transport.  Nos pieds, les taxis et le transport en commun.  Pas de voiture ici… et franchement, ça ne nous manque pas vraiment.  Une discussion intéressante s’annonce d’ailleurs lors de notre retour éventuel à Montréal : achèterons-nous ou n’achèterons-nous pas de voiture ?

Le transport en commun est assez bien développé ici.  Avec une population sous les 700k habitants, il s’agit évidemment exclusivement d’un réseau de surface.  Il y a quatre types de transports :

  • Autobus :     La conception classique d’un autobus tel que vous connaissez.
  • Trolleybus : Un autobus qui est alimenté à l’électricité grâce à des « antennes » ccrochées à des fils électriques suspendus au-dessus de la route.
  • Tramway :   Un tramway (sur rail) qui est alimenté à l’électricité.
  • Minibus :     Un système complémentaire / parallèle de minibus existe.  Ces minibus circulent sur des tronçons de route secondaires et couvrent des trajets moins achalandés.

Nous avons essayé tous les types de transport, mais n’avons eu recours au tramway qu’à une seule reprise.  Nous utilisons assez fréquemment les trois autres.

Les lignes d’autobus, de trolleybus et de minibus n’ont pas d’exclusivité, c’est-à-dire que bien qu’une rue puisse contenir des fils électriques pour les trolleybus, un circuit d’autobus et un autre de minibus peuvent également desservir une partie de cette rue.

 

Un trolleybus

 

Les arrêts d’autobus sont situés à des distances plus grandes les uns des autres que ce à quoi nous sommes habitués à Montréal.  Alors qu’ils sont situés environ à tous les deux coins de rue à Montréal, ils sont situés environ aux quatre coins de rue à Rīga.  Évidemment, cela dépend des secteurs, mais c’est une bonne règle générale.  Par exemple, 2,6 km séparent notre appartement du bureau et le trajet ne compte que cinq arrêts.

 

Aux arrêts, il n’y a pas de concept de ligne qui tienne.  C’est très étonnant quand même, sachant que l’attente en ligne est une activité quasiment innée chez les populations baltes, dû à l’héritage soviétique.  Nous l’avons nous-même expérimentés lors de notre première visite au Ikea un mois après son ouverture… la ligne d’attente était encore présente.  Mais non, pour l’embarquement dans les transports en commun, c’est « au plus fort la poche ».

L’impact potentiel de l’absence de ligne d’attente formelle est toutefois mitigé par le fait qu’on puisse entrer par chacune des quatre portes des bus / trolleybus.  La foule se disperse donc lorsque vient le temps de l’embarquement, ne créant pas trop de pression sur un point d’entrée précis.  Ce qui est intéressant avec cet embarquement libre est que les passagers sont mieux répartis dans le bus et ce, dès leur entrée dans celui-ci.  Malheureusement par contre, cela fait en sorte que nous ne pouvons pas entendre le chauffeur de bus letton crier « lūdzu, atgriezieties atpakaļ »… qui se traduirait par la célèbre formule de la STM : « avancez vers l’arrière, svp! ».

 

Plan de l’intérieur d’un trolleybus

 

Parlant des chauffeurs de bus, ils ont un job un peu plus relax ici, d’après ce que l’on peut voir.  Premièrement, ils n’ont pas de code vestimentaire ni d’uniformes, revêtant visiblement ce qu’il leur semble approprié… ce qui varie évidemment beaucoup d’un chauffeur à l’autre !

Deuxièmement, ils sont assis dans une espèce de quasi-cage.  Sachant que leur sécurité n’est pas vraiment en danger en partant puisque nous sommes à Rīga… cela semble un peu exagéré selon nous.

Troisièmement, puisque les passagers peuvent accéder au bus par n’importe quelle porte, les chauffeurs n’ont pas la responsabilité de veiller à ce que chaque passager ait acquitté son droit de passage.  Comme dans la majorité des villes européennes, l’utilisation du service est faite selon le principe du « paiement sur l’honneur ».  Bon, on va se le dire, les Lettons n’ont pas tous la même définition de l’honneur… ce qui crée diverses situations.

Lors de l’entrée à bord, le passager doit « taper » sa carte à puce de transport prépayée contre l’une des trois ou quatre bornes de paiement électroniques situées à bord.  Premier constat, environ 30%-40% des passagers qui entrent ne « tapent » pas leur carte.  Deuxième constat, beaucoup de passagers s’agglomèrent près des portes lors du trajet.  Nous nous demandions pourquoi au début et nous avons vite compris.  À l’approche d’un arrêt, les gens regardent dehors pour voir s’ils ne verraient pas des inspecteurs de la société de transport (Rīgas satiksme) qui s’apprêteraient à embarquer afin de valider le paiement des passagers.  S’ils voient un duo d’inspecteur, ils quittent massivement le bus et ainsi, ne se font pas prendre pour non-paiement.  Finalement, pour ceux qui sont plus « téméraires » et qui ne se confinent pas à rester dans l’une des entrées du bus, il arrive parfois qu’ils se font contrôler par les inspecteurs.

Mais ce qui est dommage, c’est qu’il n’y a pas vraiment de conséquences.  Bien que le règlement sur le transport indique une pénalité (quoique plutôt symbolique, la première offense étant de 20 €), les Lettons optent pour l’une des trois stratégies suivantes lorsqu’ils se font « contrôler », stratégies que nous avons pu observer nous-même :

  • Ils tentent de négocier leur sort avec l’inspecteur ;
  • Ils « cherchent » leur carte de transport entre les deux arrêts et lorsque le bus arrive à l’arrêt suivant, ils s’échappent ;
  • Ils « tassent physiquement » les inspecteurs et s’échappent.

Lors d’un récent contrôle, Francis a assisté à la « négociation » d’un client qui n’avait pas payé avec un inspecteur et ce dernier l’a laissé quitter le bus sans conséquences.  Francis s’est ensuite fait demander sa carte et il lui a répondu, en anglais : « Pourquoi je te la montrerais, tu viens de me montrer qu’il n’y a pas de conséquences à ne pas payer… alors pourquoi je paierais ? ».   L’inspecteur étant passé la cinquantaine, il n’a évidemment pas compris Francis car il ne parlait fort probablement pas anglais.  Les autres passagers eux, l’ont compris par contre et leurs visages étaient un peu stupéfaits.  Francis a tout de même montré sa carte, mais le point est quand même fait :  s’il n’y a pas vraiment de conséquences à ne pas payer le tarif, ce n’est alors pas étonnant qu’autant de Lettons ne le paie pas !

D’un autre côté, disons que les préposés ne sont pas les mieux équipés pour faire appliquer le règlement.  Il s’agit souvent d’inspecteurs âgés de plus de 50 ans qui n’ont pas d’armes et ne sont probablement pas trop formés en intervention.  Je les comprends de ne pas vouloir se battre avec des clients pour 2 €, mettons.  Mais il y a tout de même sans doute moyen de faire mieux.

 

Un Minibus

 

C’est d’ailleurs ironique comment les gens pensent.  En préparation d’un party « danois » organisé par Francis à notre appartement avant les Fêtes, il avait demandé à chaque invité de lui soumettre des anecdotes cocasses.  Bon, le « cocasse » n’a pas été super bien compris, mais ça, c’est un autre sujet.  Le point est que l’une des invitées avait soumis cette perle : « Je ne paie pas mon ticket lorsque j’embarque dans un vieux tramway parce que je les trouve laids.  Je ne paie seulement que lorsque j’embarque dans un tramway moderne. »  Juste de même, peut-être que c’est ça le problème… parce que tu ne paies pas pour le tramway, ils ne peuvent pas les remplacer par des plus modernes !

Une fois à bord, nous avons remarqué aussi que les gens, s’ils s’assoient, le font toujours sur le banc situé sur le bord de l’allée, laissant le banc donnant sur la fenêtre vide.  Évidemment, cela n’est probablement pas fait sans intérêt… si le siège est moins facilement accessible, il y aura plus de chances qu’il reste vide.  Puisque l’hygiène de certains lettons est parfois douteuse (on se rappelle l’installateur d’Internet mentionné ici) , ça peut avoir des avantages !

Aspect intéressant… la tarification varie ici selon qu’il s’agisse d’un jour de semaine ou du weekend.  La semaine, le trajet revient à environ 1 € (50 trajets pour 50,60 € alors que le weekend, il est de 0,60 € (les prix mentionnés sont sur une base d’un prépaiement de plusieurs billets) et le passage est valide pour une heure (avec correspondances).

Autre élément agréable, la carte à puce qui nous sert de titre de transport peut être rechargée directement sur internet en se connectant au site de la société de transport.  Plus besoin de bornes de recharges physiques ou d’achats de titre au Jean-Coutu (quoiqu’il est encore possible ici aussi de visiter  les épiceries et dépanneurs ici pour acheter des titres de transport).

À l’exclusion des périodes de pointe où le trafic est difficile de contrôler, la ponctualité est réglée aux quarts-de-tour.  Si l’horaire prévoit que l’autobus sera à l’arrêt à 21h22… il n’y sera pas à 21h21 ni à 21h23 !  C’est vraiment génial en fait car ça permet de bien coordonner ses transports et ça fait en sorte que les gens ne manquent pas leur correspondance entre diverses lignes parce qu’un chauffeur avait hâte d’arriver à son terminus.  Par exemple, si l’autobus est en avance d’une minute sur son horaire car il n’y a pas d’embarquements / débarquements ou parce que les feux de circulation lui ont été favorables depuis le dernier arrêt, l’autobus attendra à l’arrêt que l’heure prévue soit atteinte avant de repartir.

Outre pour les minibus, les autres transports arrêtent toujours à l’arrêt et ce, même si personne à l’intérieur n’a signalé son intention de descendre ou si personne n’attend à l’arrêt. Pour les minibus c’est un peu plus le far West. Il faut faire des signaux de fumée de l’arrêt si l’on désire monter et on doit sonner pour descendre. Et si jamais il y a beaucoup de circulation, sur le chemin régulier du minibus, il peut décider de sauter un/des arrêt(s) et prendre le chemin qui lui plait. Ça sème un peu la panique pour les nouveaux venus lettons, mais notre sens de l’orientation nous ramène quand même sains et saufs à la maison.

 

============================

Pour les nostalgiques, un extrait de l’émission « Minibus » !