044: Espagne – San Sebastian

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Arrivée à San Sebastian en début de soirée le jeudi 28 mars car ce soir, nous nous gâtons avec un souper au très réputé Arzak, un trois étoilés Michelin depuis plus de 30 ans qui a révolutionné la cuisine espagnole.  Nous salivons à l’idée d’un souper gastronomique dans la ville gastronomique espagnole par excellence.

Avant toute chose, check-in à l’hôtel.  Un petit hôtel très bien.  Notre chambre donne sur un coin de rue, donc beaucoup de fenestration et fait face à un parc.  Excellent !

Nous quittons la chambre pour aller faire un peu de repérage des bars à pintxos que nous pensons essayer au cours de notre séjour.  Isabelle a fait beaucoup de recherches sur Internet pour nous dénicher les endroits les mieux cotés.  Notre hôtel nous a également remis une liste, qui contient sensiblement les mêmes adresses.

La vieille ville est à peine à 4 minutes de marche de notre hôtel et elle est relativement petite.  Quelques rues nord-sud et quelques rues est-ouest, toutes dans un arrangement plutôt quadrilatéral.  Disons que ce n’est pas ici que nous allons nous perdre.

Nous passons aux abords de quelques adresses que nous avions noté et remarquons que les endroits sont déjà assez pleins… et nous ne sommes que jeudi soir… en mars !  Ouain, ça s’annonce stratégique pour vendredi.

Le temps file, nous prenons donc un taxi afin de nous rendre au Arzak, situé un peu en retrait de la vieille ville.  Notre pilote de Formule 1 de chauffeur nous y conduit en moins de 5 minutes, alors que ça devrait en prendre 10 au minimum.  Bon, mieux veut une telle course avant souper qu’après, car au prix que ça va nous coûter, ça serait dommage de tout recracher dans la voiture.

Nous n’entrerons pas dans les détails de notre souper, mais disons que nous ne comprenons pas comment cet emplacement peut, encore aujourd’hui, se faire décerner trois étoiles Michelin.  La nourriture était « correcte », mais sans aucun effet « wow », ce qui est pourtant normalement l’une des raisons méritant cette distinction.  Le service, correct pour le bistro de quartier mais totalement inadéquat pour ce genre d’établissement.  Bref, pour les curieux, notre critique TripAdvisor est disponible.

Comment dit-on « déception » déjà en espagnol ? Ah oui: decepción !!

Le lendemain matin, nous débutons par la visite de l’église Santa Maria del Coro.  Assez jolie, mais là, on commence à en avoir un peu marre des églises.  Nous allons ensuite au musée de la ville, musée San Telmo.  La préposée nous indique que la durée de la visite de l’exposition permanente devrait prendre environ 1,5 heure.  Nous ne pouvons donc pas le faire maintenant, car nous avons un diner à 13h30 en dehors de la ville.  Nous optons donc pour la visite de l’exposition temporaire sur… Arzak !  Ça ne s’invente pas.  Au moins, l’exposition est gratuite.  On espère, avec le prix qu’on a payé la veille !  Exposition ordinaire, à l’image de notre expérience en restaurant.

Bon, terminé d’entendre parler de ce resto dont la réputation est surfaite… allons à la cabane à sucre !  Oui, oui…

Lors d’un de nos séjours de formation en Pologne en février, une collègue nous a parlé des sidreria espagnoles.  C’est un peu le même principe qu’une cabane à sucre québécoise, mais à thématique de cidre de pommes au lieu du sirop d’érable.  On a donc réservé pour le diner ce midi… nous sommes curieux de voir.

L’endroit se trouve à environ 25 minutes de bus en dehors de la ville.  Nous avions fait notre « repérage » de l’arrêt de bus le matin au levé, alors nous savons où nous rendre pour le prendre.  Et avec les GPS sur les téléphones intelligents, aucune chance que nous manquions notre arrêt. Génial.

Le trajet se passe bien et nous débarquons à l’arrêt prévu.  Un peu dépaysant par contre.  Les cabanes à sucre québécoises sont dans les champs et là, nous sommes plutôt en zone industrielle.  Nous marchons en direction de l’endroit et croisons une cimenterie, une usine de fabrication de poubelles en plastique, une cour à « scrap »… bref, paysage aussi bucolique que le Mont-Tremblant fin septembre !

Après 15 minutes de marche, nous arrivons finalement sur les lieux et sommes les premiers arrivés.  Nous sommes accueillis par une femme très sympathique, mais dont l’anglais est aussi bon que notre ouzbek.  Au moins, l’espagnol n’est pas très difficile pour nous… en tout cas, il le deviendra de moins en moins au cours de la journée !

L’endroit compte environ 5 tables communes, de grandeur moyenne, dans la même foulée que les tables de la cabane à sucre.  Elle nous montre notre espace, deux sièges à l’extrémité de la table et à l’autre bout, nous aurons visiblement trois voisins.  Devant nous, une baguette et un couteau.  Aurons-nous des cretons maison ?

 

Cidrerie Gurutzeta

 

Elle nous apporte deux saucisses.  Nous prenons le couteau et nous les coupons afin de les manger avec nos fourchettes.  Quelques morceaux de pain s’entremêlent.

Elle nous remet un menu en espagnol et en euskat avec des descriptions et des prix.  On croit comprendre qu’elle nous demande si on veut un peu de tout… on dit oui, un peu de tout.

Nous comprenons dans les explications de l’hôtesse que, dans le vaisselier près de nous, il y a des verres et que pour boire du cidre, il faut juste aller en arrière.  On a soif et on part en se prenant un verre.  Nous arrivons en arrière et c’est la salle des fûts.  De gros fûts en bois qui contiennent le cidre.  Nous ne voyons pas de bouteille par contre.  Comment on se sert ?  Un monsieur arrive alors avec une écoutille à la main.  Il la place sur le robinet d’un des barils, la tourne et le cidre jailli alors d’un jet puissant.  Oh… on n’avait pas vu venir ça.  Il voit notre surprise et notre manque flagrant de préparation et referme aussitôt l’écoutille afin de ne pas trop gaspiller du nectar.  Il nous mime alors que nous devons placer notre verre dans une certaine inclinaison, à une certaine distance, afin de pouvoir cueillir le cidre dans le verre lorsque celui-ci sera propulsé par le baril.  On réessaye.  Ça fonctionne bien.  Nous comprenons aussi que nous ne devons pas remplir notre verre, mais y mettre environ seulement environ le tiers au maximum.  Bon, ça sera pour la prochaine tournée.

Nous revenons à notre table (nos verres pleins de cidre !) et nous remarquons que nous avons une assiette devant nous.  Il s’agit d’une omelette à la morue.  Elle est géante.  Nous ne sommes que deux.  Nous allons alors voir l’hôtesse en tentant de lui expliquer que nous ne sommes que deux et que « un peu de tout » veut aussi dire « un peu ».  On croit qu’elle a compris.

Nous n’arrivons pas à terminer notre omelette afin de nous garder de la place pour les services à venir.  Entre-temps, d’autres convives se sont joints.  Nous remarquons qu’ils sont tous des locaux.  Nous remarquons aussi qu’eux, avec la saucisse, ils se font un genre de « hot-dog ».  Tient, l’autre table aussi fait ça.  Bon, faut croire que nous avons mal compris le concept.  Nous serons plus observateurs pour les prochains services, malgré que nous soyons en avance sur eux.

Nous déduisons que le déroulement se doit d’être comme suit.  Tu manges ton assiette, tu vas ensuite en arrière prendre du cidre et jaser et, pendant ton absence, l’hôtesse débarrasse ta table et te sert le prochain service qui t’attend à ton retour.  Intelligent et efficace.

Notre 2e visite aux tonneaux se déroule pas mal mieux, mais disons que nous sommes rapidement démasqués aux yeux des locaux qui nous accompagnent.  Aucune interaction avec nous ne sera faite, mais on voit un peu de jugement dans notre incapacité à gérer le mouvement de poignet pour attraper le cidre.

On apprend alors une autre règle.  Afin de ne pas gaspiller le cidre lorsque le flot est interrompu, les gens se mettent de chaque côté du jet et font la queue avec leurs verres, l’un en arrière de l’autre.  Lorsque celui qui se fait remplir en a suffisamment, il retire son verre vers le tonneau et ainsi, le jet devient alors accessible au verre situé derrière, et ainsi de suite.  Intelligent.

 

Cidrerie Gurutzeta, les barils « pissent » en force!

 

On s’intègre donc dans les flots avant de retourner pour notre 2e service : un morceau de morue.  Très bon et encore une fois, assez généreux.  Retour en arrière pour s’abreuver et nous voyons au passage notre prochain service se faire préparer.  Des steaks de brontosaures dignes des Pierrafeu !!  Ok, on a besoin de boire !

 

Steaks de brontosaures

 

Notre steak nous attend à notre retour, un beau gros steak pour nous deux, parfaitement cuit.  Nous n’avons déjà plus faim mais bon… comme notre séjour en Lettonie nous crée une carence significative en viande rouge… nous ne pouvons pas passer à côté de cette occasion.  C’est étonnant comment un bon steak peut ne pas être trop bourratif quand deux personnes en maque total s’en font offrir un. Wow, il était bon.

On retourne en arrière faire descendre le tout et on voit bien que nous ne sommes pas les seuls à se sentir un peu « feeling ».  Certains de nos voisins convives sont dans un mode assez festif en chantant et en se serrant dans leurs bras.  Et ils ont un service de retard sur nous !

Puis, c’est le plateau de fromages.  Oh my God… ça ne finit jamais !!  On passe quand même au travers et là, on demande si c’est la fin… et on nous confirme que oui.  Fiou !!  On retourne prendre le digestif de cidre et on dit au revoir à cet endroit qui nous a fait vivre une expérience totalement magnifique.  Définitivement l’un des meilleurs moments de nos voyages depuis plusieurs années.

Nous retournons en ville et nous sommes brûlés, le ventre plein et un peu « guerlot ».  Nous allons nous coucher et faisons une sieste de deux heures.

Au réveil, direction la plage.  La Concha de  San Sebastian est d’ailleurs réputée pour être l’une des meilleures plages d’Europe.  Nous nous y promenons un peu pour voir le coucher du soleil.  Très joli.

 

La Concha, plage de San Sebastian

 

Puis, malgré que nous n’ayons pas très faim, nous nous dirigeons vers les bars à pintxos de la vieille ville afin d’en expérimenter quelques-uns.  Notre prédiction de la veille se confirme toutefois, il y a une foule assez importante dans chacun d’eux.  On s’y attendait aussi… non seulement car nous sommes vendredi soir, mais parce que, si tous les hôtels font comme le nôtre et remettent aux visiteurs les mêmes listes de bars à pintxos qui contiennent les mêmes adresses… tous les gens se retrouvent alors aux mêmes endroits.

Nous faisons un premier endroit et vivons l’expérience classique : endroit surpeuplé, difficulté de commander et bouffe ordinaire.  Bon, premier essai raté.

Nous en faisons un deuxième et c’est un peu mieux.  Toujours aussi occupé mais nous commandons cette fois une joue de bœuf.  Nous pensons avoir une petite portion mais nous avons deux grosses joues.  Nous pensons nous être faits avoir et anticipons se faire charger la totale… mais non, nous nous faisons charger la plus petite portion.  Mais c’est une portion grandeur « repas » n’importe où.  Elle est délicieuse, bien braisée et elle se défait comme un charme.  Ça nous réconcilie.

 

Bar Sport, bar à pintxos

 

Nous sommes pleins et faisons un troisième endroit, mais nous ne faisons que prendre un verre.  Nous retournons à nos quartiers pour la nuit.

Samedi 30 mars, dernière journée à San Sebastian car nous prenons le train de 16h30 pour Madrid.  En matinée, nous débutons avec la visite du musée San Telmo que nous avions repoussé la veille.  Très intéressant dans l’ensemble et peu fréquenté, très bon timing.

Puis, nous nous disons que si nous voulons profiter des pintxos pour diner, nous devrons le faire plus tôt que tard, afin d’éviter les foules.  Nous procédons donc à la visite de trois bars à pintxos où nous dégustons certaines offrandes.  Très satisfaisant.

Notre stratégie est bonne… car lorsque nous terminons notre expédition, les bars sont remplis et il est alors difficile de commander et encore plus de trouver un petit coin pour manger ou y déposer son verre.

Pour le peu de temps restant, nous marchons encore dans la ville et en profitons pour respirer les odeurs de bonne bouffe qui émanent des différents bars à pintxos.

Arrêt à l’épicerie avant notre départ pour la gare afin de faire nos emplettes pour notre pique-nique de train qui fera office de notre souper.

Au revoir San Sebastian… tes pintxos nous auront séduits et ta sidreria nous aura rappelé que parfois, la bonne franquette est bien meilleure que des étoiles Michelin.