056: Ukraine – Tchernobyl

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Samedi le 10 août… cadeau de fête hâtif pour les 40 ans de Francis, la visite à Tchernobyl.  Il en parlait depuis quelques années déjà et là, enfin son occasion.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas l’histoire, vous pouvez vous renseigner ici.

L’enthousiasme est au rendez-vous, mais nous avons néanmoins une petite crainte.  Pas tant venant de la possible radioactivité que nous pourrions collecter… mais plutôt de la popularité du site, suite à la diffusion en mai de la mini-série de cinq épisodes « Chernobyl » sur HBO et qui fut acclamée par la critique partout dans le monde.  Insérer le lien de la série ici :

Les journaux recensaient déjà une augmentation de l’afflux touristique dans la région et à Vilnius, en Lituanie (où la majorité de la série fut tournée).

Eh bien, nous avons eu notre réponse très tôt dans la journée.  Lorsque notre taxi nous déposa au point de rendez-vous indiqué, nous avons vu la file d’autobus, environ 7 ou 8.  Nous voyons un minibus au logo de la compagnie avec laquelle nous avons réservé et, comme c’est ce type de transport que le site nous indiquait lors de notre réservation, nous sommes assez confiants.  Nous nous approchons et montrons nos papiers au guide de ce bus.  « Désolé, vous n’êtes pas avec moi. »  Eh… ok.  On est avec qui, alors ?  Le bus juste en avant.  On se retourne et on voit « le mastodonte ».  Au moment de notre réservation (on se rappelle… en mars, AVANT la diffusion de la série), non seulement étions-nous les deux premiers à réserver (car le site indique si 0 ou 2+ personnes ont réservé à ce jour), le site nous indiquait un transport en minibus de 12 personnes.  Le mastodonte compte 50 sièges.  WTF !  Nous nous obstinons un peu avec eux, mais rien à faire… l’opération est rodée aux quarts de tour.  Bon, bien… l’expérience sera un peu différente.

 

Gauche: minibus qu’on a réservé ; Droite: Coach sur lequel on nous a placé

 

Lors de l’embarquement, nous remarquons nos six voisins de table du restaurant de la vieille.  Petit monde.

Lors des deux heures de route pour se rendre aux abords du site, l’une de nos deux guides parle de diverses règles et autres et mentionne qu’aujourd’hui, un samedi, nous serons 49 bus sur le site et plus de 1,000 personnes.  WTF x 1,000 !!!  Disons que nous sommes un peu déçus de ne pas être venus AVANT la diffusion de ladite série télévisée.

Mais bon, heureusement, nous découvrirons au cours de la journée qu’en raison de l’étendue du site, nous ne remarquons pas tant que ça qu’il y a beaucoup de gens dans la zone d’exclusion, qui consiste en un rayon de 30 km.  Nous pouvons tout de même apprécier un peu le caractère « abandonné » des différents lieux. L’expérience ne sera donc pas ternie par ce facteur.

Nous arrivons au premier point de contrôle.  Ces fameux points de contrôle, l’un des aspects irritants de la visite.  Tous les passagers doivent descendre du bus, se faire vérifier leurs papiers, traverser la sécurité, puis faire la file pour se voir remettre une puce qui est supposée calculer l’accumulation de radiations (mais on ne nous la fera jamais lire durant notre séjour) et retourner dans le bus.  Un processus qui dure environ 1 heure, en partie dû à l’inefficience et aussi au volume de tours voulant tous entrer le site en même temps.

On veut nous faire sentir comme si nous entrions une zone militarisée (ce qui est le cas, dans les faits), à haute surveillance.  Mais bon, c’est pour le « show » tout ça.  Il y a trois gars bedonnants derrière une barrière qui « checkent » les documents et qui assurent une présence.  Même si cette zone est encore appelée « zone d’exclusion » et qu’elle est théoriquement réservée aux visites scientifiques, on sait tous qu’il n’y a pas de physiciste nucléaire à bord de notre autobus.  Ils le savent, nous le savons.

Nous passons donc ces contrôles et notre autobus s’arrête ensuite sur le bord de la route.  De l’autre côté, un chemin qui mène à un ancien village qui a été abandonné suite à l’accident nucléaire.  Nous avons 20 minutes pour « explorer » le site.  Maisons abandonnées, terrain de jeux tout rouillé… c’est un endroit qui donne le ton pour le reste de la journée.

 

 

Nous retournons au bus et nous nous dirigeons ensuite vers une maternelle qui était située sur le bord de la route.  Dès que nous sortons du bus, nos dosimètres se mettent à sonner.  La quantité de matières radioactives dans l’air ambient atteint le niveau où nos appareils ont été programmés pour nous avertir, soit 0,30 microsieverts par heure (ms/h).  Ce n’est pas grand-chose, considérant qu’en bas de 20 ms/h, cela est considéré comme une dose très faible.  Encore une fois, le dosimètre est un peu là pour le show.  Mais de l’entendre sonner est quand même un peu cool !

Nous pouvons entrer dans le building. C’est cool comme expérience car il y a plein d’objets éparpillés un peu partout.  Bon, c’est sûr qu’il doit y avoir eu une certaine mise en scène au fil des ans et que le site ne doit pas ressembler exactement à ce qu’il était lors de son abandon… mais c’est pas grave, ça nourrit l’imaginaire.

 

Garderie

 

Nous sortons et nous dirigeons vers Pripyat, la ville voisine de la centrale là où tous les employés et les familles vivaient.  Une ville d’environ 45,000 personnes au moment de l’explosion. Une ville foisonnante, en pleine expansion et où le niveau de vie dépassait très largement celui de la moyenne des ours soviétiques, en raison de la centrale qui rémunérait très bien les salariés (3-5 fois la moyenne nationale, selon les dires).

Aux abords de la ville, autre contrôle de sécurité, encore moins élaboré que le précédent.  En fait, on croit que c’est plutôt un arrêt toilette qu’on y fait et le prétexte est la sécurité.  Mais bon.

Nous passons la barrière et empruntons une route dont les deux côtés sont garnis de végétation plutôt abondante.  Arbustes, arbres matures très haut… c’est étrange.  Puis, nous arrivons à une place asphaltée et notre bus se fait diviser en deux groupes pour une visite pédestre de 90 minutes.  Oh, ok, nous sommes arrivés à Pripyat.  Et la route que nous venons de prendre était le boulevard principal que nous voyons sur toutes les photos… et il y a des buildings derrière ces arbres, qui n’y étaient pas à l’époque.  Oh, ok… on est ailleurs là.

C’est ce qui frappe en premier, à quel point le fait que la ville a été abandonnée il y a 33 ans a permis à la nature de complètement regagner son territoire.  Peut-être que les arbres ont poussés plus vite grâce à la radioactivité, mais chose certaine, ça a poussé.

Notre groupe débute par la place centrale avec l’hôtel, le building d’accueil et l’épicerie.  Tous les buildings sont blancs, purs… mais décrépis et laissés à eux-mêmes.  C’est spécial.  Des vestiges de l’épicerie sont encore présents.  On aperçoit notre premier « décalque » symbolique.  Un homme avec ses sacs d’épicerie et portant un masque à gaz.  Un thème qui sera répété dans quelques autres endroits que nous visiterons.

 

Pripyat: building central

 

Nous nous dirigeons ensuite en direction du parc d’attraction abandonné.  Il devait être inauguré lors des célébrations du 1er mai 1986, mais l’incident nucléaire du 26 avril a fait en sorte que la ville fut évacuée avant que les gens puissent bénéficier de ces installations.  Le parc contenait quatre manèges, soit la grande roue, les auto-tamponneuses, les chaises tournantes et un genre de balançoire (difficile à voir car le manège est tout détruit).  Ce sont des images que tous ont probablement vu, surtout celles de la grande roue, devenue maintenant iconique.

C’est intéressant de voir que la grande roue est justement restée relativement en bon état, comparativement aux autres manèges, plutôt rongés par la rouille ou vandalisés par l’activité humaine ou animale.   Le jaune des cabines ressort très fort sur le fond de rouille rouge de la structure et le bleu et blanc du ciel en arrière-plan.  Une très belle image, ironiquement.

 

Pripyat: parc d’amusement

 

Après quelques moments au parc d’attraction, on se dirige vers le stade de soccer.  Après une marche de 3-4 minutes, nous arrêtons un moment, dans un boisé pour que notre guide nous dise : « Vous vous trouvez maintenant en plein milieu du terrain de jeu du stade ».  Quoi ? Mais y’a des arbres de 25 pieds de haut !  Nous faisons environ 40 pas et nous arrivons aux estrades délabrées.  Elle disait donc vrai.  Incroyable à quel point la nature reprend rapidement son territoire.

 

Pripyat: stade de soccer

 

Nous explorons un peu les gradins et nous quittons pour aller de l’autre côté du boulevard principal, où se situent la piscine et le gymnase.  Les sites de tous les opérateurs indiquent qu’il est désormais interdit de pénétrer dans les buildings, en raison de leur dégradation et vétusté.  Mais bon, ce qui est spécial de cette ville, c’est justement de pénétrer dans les buildings.  Est-ce que c’est donc vraiment interdit ou si c’est indiqué pour nous faire sentir « privilégié » de pouvoir y accéder (clandestinement ?), qui sait… mais nous pénétrons dans l’édifice et c’est vraiment bien.  Le plancher de bois du gymnase est partiellement morcelé par endroits et imbibé d’eau à d’autres.  Nous pouvons sentir le bois se baisser sous notre poids lorsque nous marchons dessus.  Feeling assez spécial… surtout que nous avons pris des kilos depuis notre arrivée en Europe, alors le plancher résistera-t-il à notre poids ?

 

Pripyat: la piscine

Une fois la visite de ce bâtiment terminée, nous traversons la cour et allons visiter une école.  Probablement le building le plus intéressant à visiter (avec la maternelle du début de la journée).  Des classes encore constituées, du mobilier un peu partout, des masques à gaz éparpillés et plein d’autres objets.  Certes, encore une fois, le spectre de la mise en scène peut être évoqué… mais reste que le visuel est là et fait son effet.  Seule déception, nous sommes « poussés » un peu par notre guide et le building est vaste.  Francis était resté le dernier dans le building précédent et lorsqu’il nous a rejoint dans l’école, nous étions déjà dispersé.  Explorer ce building aurait pris un bon 10-15 minutes de plus… dommage que nous devions quitter tout de suite.

 

Pripyat: école

 

Nous devons retourner dans l’autobus pour se diriger vers la cantine pour le lunch.  Nous ramassons l’autre moitié du bus en chemin et nous passons divers buildings, graffitis et statues qui auraient été fort intéressant de s’attarder mais, la guide nous servirait probablement notre propre médecine en nous répondant : «  pas le temps, on est sur un horaire ».  C’est le propre des gros « tours ».

Arrivés à la cantine, nous devons passer un espèce de détecteur de radiation car la cantine est supposément une zone « libre de radiation ».  Bon.  On se met en ligne (on revit l’époque soviétique) au soleil de plomb avant d’y passer à notre tour.  L’appareil en question est un genre de détecteur comme dans les aéroports, mais datant de 1950 et ayant l’air d’être fait en plastique.  On se met debout et on appuie nos mains sur des plaquettes (recouvertes de papier pellicule plastique). On attend quelques secondes et on entend un bruit et on peut passer la barrière.  Barrière qui peut rester ouverte tout le temps en fait et que 20 personnes pourraient franchir s’ils le voulaient.  Personne ne surveille le processus et les gens s’y conforment par réflexe, mais soyons honnête, c’est pour le « show ».

Une fois entrés dans la cantine, on se remet en ligne pour se faire servir notre repas.  Une bonne ligne cette fois.  Nous avions déjà payé notre lunch lors de notre réservation mais nous réalisons qu’il n’y a aucun contrôle quelconque.  On nous dit « tu prends une affaire de chaque ».  Ok.  Nous nous retrouvons avec une assiette de salade de légumes, un plat de poulet (on pense que c’est du poulet) avec des patates pilées (on pense que c’est des patates, on est juste sûr qu’elles sont pilées), une galette biscuit plutôt sèche pour dessert et deux verres de jus.  Bon appétit !  Malgré tout, ce n’est pas si pire.

 

Le lunch !

 

Après ce festin, retour dans le bus et direction « Duga-1 », le pic-bois russe.  Il s’agit d’une station radar qui devait être utilisée pour détecter les missiles ennemis (lire : Américains) qui seraient tirés en direction de l’URSS.  Or, la station n’a jamais vraiment été opérationnelle, celle-ci ne pouvant même pas discerner s’il y avait 1 ou 1,000 missiles.  Mais le site est massif.  Le mur radar fait environ 1 km de long et 17 étages de haut.  C’est impressionnant.

 

Station radar Duga

 

Puis, nous nous dirigeons vers la base de Tchernobyl-1, base militaire russe de l’endroit.  On nous dit qu’il y a différents buildings intéressants, mais nous n’entrons pas dans la base (désertée).  Déception.

Il est déjà temps de quitter le site et de retourner à Kiev.  Nous repassons deux zones de détection de radiation, toujours complètement non-surveillées.  La dernière n’est même pas activée à notre arrivée, l’électricité ayant été coupée.  On doit attendre 10 minutes.  Ce n’est pas comme si notre arrivée est une surprise… il y a 49 bus qui sortiront de la zone, monsieur !  Alors un autre indice que ces contrôles sont un peu n’importe quoi.  Ils ne mesurent pas la radiation sur nos sacs à dos ou autres articles laissés dans le bus.  Francis a échappé sa casquette dans le sable et la terre… donc cet article pourrait être contaminé et il n’est pas testé.  Un peu beaucoup pour le « show », ces contrôles, donc.  Au moins pour le retour, il n’y a pas de queue… donc cet artifice ne nous fait pas perdre notre temps.

 

« Détecteur » de radiation

 

Départ de la zone d’exclusion et deux heures de route vers Kiev.

En somme, une excellente journée dans un lieu où l’accès est encore plutôt restreint.  C’est fascinant de se trouver à cet endroit et d’avoir le site presque pour nous, malgré l’afflux récent de touristes (dont nous faisons partis).

Nous le recommandons assurément, mais peut-être avec ces deux choses à considérer :

  • Attendre une année ou deux avant d’y aller, histoire que le « buzz » autour de la mini-série s’estompe
  • Investir dans un tour privé. Plus cher, mais probablement plus facile de faire plus d’endroits et d’arrêter à des endroits « sur le fly ».